Journée nationale des victimes et héros de la déportation

Dans son livre intitulé « Une Vie », Simone Veil écrit : « Là-bas, dans les plaines allemandes, s’étendent désormais des espaces dénudés sur lesquels règne le silence ; c’est le poids effrayant du vide que l’oubli n’a pas le droit de combler et que la mémoire des vivants habitera toujours. ».

Entre 1933 et 1944, ils furentdes millions, comme Simone Veil, à êtrearrachés à leur famille, emprisonnés, déportés dans les camps d’extermination du régime nazi. Très peu d’entre eux revinrent. A partir d’avril 1945, alors que les 1erscamps étaient libérés, ceux qui avaient survécu à l’horreur et à la barbarie purent regagner leur foyer. Le monde découvrait l’horrible réalité des camps de la mort.

La mise en place du système concentrationnaire n’était pourtant pas récente.Dès 1933, à leur arrivés au pouvoir, les nazis mirent en œuvre un plan d’élimination de toutes celles et ceux quipouvaient, à leur sens, constituer un obstacle dans l’instauration d’un régime totalitaire. Ils développèrent une idéologie raciste et antisémite extrêmement agressive, qui conduisit le régime à asservir et à exterminer ceux qui ne correspondaient pas à leurs critères raciaux, fondés sur d’absurdes croyances. Dachau fut ouvert enmars 1933. Avec l’expansion nazie en Europe, puis lors de la 2ndeguerre mondiale, le système concentrationnaire se déploya sur un très vasteespace. A partir de 1938, d’autres camps furent construits en Autriche, en Pologne et en Tchécoslovaquie. Sous le contrôle des SS, une toile concentrationnaire se tissaà travers l’Europe.

En 1941, les nazis mirent en place un système d’extermination des juifs d’Europe, accompagné du massacre de nombreux groupes ethniques et religieux. L’organisation administrative, technique et économique, de ce plan d’extermination, connu sous le nom terrifiant de « solution finale », fut adoptée le 20 janvier 1942 à la « conférence de Wannsee » par les principaux responsables du Reich.En 1942, les 1erscamps d’extermination furent développés en vue d’éliminerun maximum de victimes en un minimum de temps. Des millions d’hommes, de femmes et d’enfants furent raflés, entassés dans des trains, pour être jetés dans des camps dont les noms résonnent encore tragiquement : Belzec, Sobibor, Treblinka, Auschwitz…

À l’arrivée, un implacable processus de sélection attendait ceux qui avaient survécu au voyage : le sursis en esclavage pour les valides, la mort dans les chambres à gaz ou sous les coups pour les plus faibles.Les déportés, réduits à de simples numéros, déshumanisés, étaient soumis aux plus mauvais traitements, à la promiscuité, aux maladies, au froid et à la faim. Affaiblis, maltraités, ils devenaient des ombres que menaçaient sans cesse la maladie et la mort.

Dans le livre « si c’est un homme », Primo Lévi écrit « si je pouvais résumer tout le mal de notre temps en une seule image, je choisirais cette vision qui m’est familière : un homme décharné, le front courbé, les épaules voûtées, dont le visage et les yeux ne reflètent nulle trace de pensée ».6 millions de personnes furent massacrées dans les camps, chiffre qui donne le vertige et renvoie à des interrogations sans réponse.Interrogations sur le sens de l’histoire, sur la faillite d’un monde, sur les motifs des crimes,sur les raisons de ceux qui détournaient leur regard, mais aussi sur la dignité et le courage de celles et ceux qui dirent « non », qui cachèrent ou aidèrent les victimes.

Après la fin de la 2ndeguerre mondiale, les survivants et les familles des disparus émirent le souhait que fut créée une journée commémorant les victimes de la déportation. Sur proposition d’Edmond Michelet, ancien résistant, déporté à Dachau, une loi consacra le dernier dimanche du mois d’avril au « souvenir des souffrances et des tortures subies par les déportés dans les camps de concentration » et au « courage et à l’héroïsme de ceux et de celle qui en furent les victimes ».Selon l’exposé des motifs de cette loi, « il importe de ne pas laisser sombrer dans l’oubli les souvenirs et les enseignements d’une telle expérience, ni l’atroce et scientifique anéantissement de millions d’innocents, ni les gestes héroïques d’un grand nombre parmi cette masse humaine soumise aux tortures de la faim, du froid, de la vermine, de travaux épuisants et de sadiques représailles, non plus que la cruauté réfléchie des bourreaux. »

Le monde a connu bien d’autres guerres, d’autres massacres. Aucun n’avait atteint une telle ampleur !Mais alors que nous pourrions croire que ces atrocités appartiennent au passé, l’actualité nous redonne régulièrement à voir des embrasements de haine, la guerre et le retour sporadique de la barbarie.L’attentat terroriste du 23 mars dernier à Trèbes, l’assassinat de Mireille Knoll, pour la simple raison qu’elle était juive, nous révèlent la profondeur du mal.

La haine et la terreur, quelles que soient leur forme, doivent être combattues avec une extrême détermination. L’immense tragédie que fut la Shoah a fait naître une solidarité plus forte entre les hommes et permis l’émergence d’une justice supranationale destinée à poursuivre les auteurs de crimes contre l’humanité. La transmission et la mémoire de la déportation et des crimes sont plus nécessaires que jamais pour que les hommes n’oublient pas l’immensité du drame ni l’imprescriptibilité de la blessure infligée à l’humanité.

« Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons » dit Paul Éluard à propos des témoins du passé. C’est le sens de la cérémonie qui nous rassemble aujourd’hui : faire entendre la voix des témoins et des victimes de la Shoah, afin que leur souvenir immortel nous protège à jamais de telles atrocités.

Après la guerre, dans un même élan, des hommes se sont unis dans leur désir de construire une Europe libre, démocratique et tolérante, unissant ses peuples au-delà de leurs différences, dans un esprit de paix, de fraternité et de dignité humaine. Aujourd’hui, nous devons rappeler ces idéaux sacrés, et faire face, résolument, à toute forme de haine de l’autre, à toute forme de racisme et d’antisémitisme, à la résurgence d’idéologies de mort. Restons toujours vigilants pour défendre les principes de liberté, d’égalité et de fraternité, et pour combattre les thèses abjectes qui nous rappellent ce tragique passé.

Vive la République, Vive la France !

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